mouton de panurge





Être un mouton de Panurge 

Héros de cette expression, Panurge est un célèbre personnage du Quart Livre, une aventure extraordinaire écrite au XVIe siècle par Rabelais. Lors de son voyage avec son compagnon Pantagruel, Panurge se querelle avec un marchand de moutons nommé Dindenault. Décidé à se venger du négociant, Panurge lui achète un mouton et le jette à la mer. Habitués à suivre le chef de leur troupeau, tous les moutons sautent à leur tour dans la mer. Le dernier entraîne même l’infortuné Dindenault qui tentait de le retenir. 

« Être un mouton de Panurge », c’est suivre aveuglément, sans réfléchir ! Source 2018 « Ça m’intéresse » 

Juste pour le plaisir, voici l’extrait du Quart Livre, chapitre VIII de Rabelais. En vieux françoys, s’il vous plait ! 

« Panurge sans aultre chose dire jette en pleine mer son mouton criant et bellant. Tous les aultres moutons crians et bellant en pareille intonation commencerent soy jecter et saulter en mer aprés à la file. La foulle estoit à qui premier y saulteroit aprés leur compaignon. ».  

L’expression vient donc bien de là, mais l’image du « mouton suiveur » a été évoquée bien auparavant, notamment par Sénèque vers 58 apr J.-C. dans « De Vita Beata » (« la Vie Heureuse »). Ça ne date donc pas d’hier !  

« Gardons-nous bien de suivre, à la manière des moutons, le troupeau de ceux qui précèdent en allant non pas vers où il faut aller, mais simplement où vont les autres. Car rien n'entraîne à de plus grands malheurs que de se conformer à la rumeur publique, en estimant que les meilleurs choix sont ceux du plus grand nombre, de se laisser conduire par la multiplicité des exemples - cela parce que nous vivons non d'après la raison mais dans un esprit d'imitation. »  

Le panurgisme, est un comportement passif et grégaire dont Bernard Werber donne une définition dans « La boîte de Pandore » : 

« Le panurgisme, c’est ce besoin impérieux qu’ont les hommes à faire pareil que les autres pour être intégrés. »  

Le panurgisme, sous des dehors rassurants, serait-il finalement plus dangereux que le non-conformisme, et sans aller jusque-là, que l’authenticité, l’audace ? 

Pour ne citer qu’un exemple, nos comportements récents face à la pandémie que nous vivons tendraient à le prouver… Rappelez-vous la panique qu’ont déclenché les paroles de notre Président il y a un peu plus d’un an : le « nous sommes en guerre… » a réveillé d’un coup la peur dans l’inconscient collectif. Mais plus que la peur de mourir, la peur de manquer a précipité une bonne partie de la population dans les supermarchés, entraînant ainsi les pénuries temporaires que l’on sait.

 De la même façon, les médias et les réseaux sociaux jouent avec nous.  Hurlant d’une même voix, ils critiquent, louent, accusent, faisant de nous un champ de blé ondulant au gré du vent qu’ils soufflent de concert sur nos têtes… 

Et pour finir, pourquoi pas un petit tour chez Brassens ? « Le mouton de Panurge », beaucoup plus moderne qu’on l’imagine, est un délice littéraire, comme bon nombre de ses textes…