métaphores, euphémismes et compagnie


                                                       La périphrase et la métaphore

 

 Sacré Audiard ! On peut dire ce qu’on veut, mais bien qu’armé d’un CAP de soudeur comme tout bagage, cet homme avait de l’esprit et des lettres !   Ce passage anthologique du film « Faut pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages » fait encore rire beaucoup d’entre nous. Mais pas tant pour la signification des répliques que pour le côté décalé d’un des deux sbires qui verse tout d’un coup dans la « littérature » ! 


                                                                                          La périphrase

  

"- J'ai bon caractère mais j'ai le glaive vengeur et le bras séculier. L'aigle va fondre sur la vieille buse."

La périphrase est une figure de style qui permet d’apporter des précisions ou de mettre en valeur une caractéristique en utilisant plusieurs mots pour désigner un seul terme. Cela permet aussi d’éviter les répétitions. « Passer l’arme à gauche », « Le roi des animaux », « Le nouveau monde », « Le septième art », « La ville Rose », « Le petit écran », « Le plus vieux métier du monde », etc. On peut dire aussi de quelqu’un « qu’il n’a plus toute sa tête », ou qu’il est « perfide comme un serpent ». La périphrase est beaucoup utilisée en poésie : « L’astre au front d’argent » pour parler de la Lune dans Le lac de Lamartine, « Les miroirs de l’âme » pour désigner les yeux, « Le pays du soleil levant » pour parler du Japon… 


                                                                                          La métaphore

  

"- C'est chouette ça, comme métaphore.

- C'est pas une métaphore, c'est une périphrase.

- Oh, fais pas chier !

- Ça, c'est une métaphore."

La métaphore repose sur un principe d’analogie : désigner une idée ou une chose par un autre mot que celui qui conviendrait. Le réel  est en quelque sorte transformé en image, en concept… Il est parfois difficile de l’identifier car elle peut se décliner à l’infini, en fonction des cultures, de la sensibilité, de la prédisposition littéraire, etc. On est d’accord, bien qu’étant fort drôle, l’exemple choisi n’est pas le plus poétique (tant s’en faut !) ni le plus significatif… En voici donc de plus… littéraires :   « Une peau de pêche » par exemple, ou une "taille de guêpe » sont deux métaphores qui font partie aujourd’hui du langage courant, tout comme « des cheveux blancs comme neige » ou « un teint de velours ».  À noter que dans les exemples précédents, le mot comparé est présent dans la phrase.  Ce sont des  métaphores in praesentia. Les  métaphores in absentia, au contraire, évincent le mot comparé pour ne garder que l’image : « l’or du soir » (Victor Hugo), par exemple, qui désigne le soleil couchant, dans laquelle le mot « soleil » est absent. On peut citer entre autres : « Quelle langue de vipère », « Quel Ours », « Quelle tortue », etc.   


                                        Antiphrase, euphémisme, litote, oxymore

   

                                                                                          L’antiphrase

    

C’est un plaisir que l'antiphrase ! Elle permet d’exprimer l’ironie ou de dénoncer quelque chose en disant le contraire de ce que l’on pense réellement. « Quel beau temps ! » peut-on dire lorsqu’il pleut des cordes. « C’est malin ! » dites-vous au petit dernier qui vient d’éclater son ballon de baudruche à deux centimètres de votre oreille ! Quant au malotru qui vous passe devant dans la file d’attente, il y a de fortes chances pour qu’il soit gratifié d’un « Ne vous gênez pas ! » ou d’un « Quelle éducation ! ». Bon, je passe sur « Oh qu’il est mignon ! » en voyant le nouveau-né de la voisine pour la première fois ou, pire « C’est un ange ! », surtout s’il est en train de brailler à vous crever les tympans ! Pour finir sur l’antiphrase, le maître des figures de style, notre ami Voltaire, décrivait ainsi une prison dans Candide : « des appartements d’une extrême fraîcheur, dans lesquels on n’est jamais incommodé par le soleil. »


                                                                                     L’euphémisme 

  

Des euphémismes, nous en employons beaucoup, notamment lorsqu’on essaie de parler le « politiquement-correct ». C’est ainsi que nous parlons « des personnes de couleur », de celles « du troisième âge » et que l’on « remercie un employé » pour lui dire tout simplement qu’on le fout à la porte ! Le but de cette figure de style est d’atténuer l’expression de certaines idées ou faits qui sont trop brutaux ou déplaisants à dire : « Il s’est éteint » ou « Il nous a quittés » sont une façon moins abrupte de parler de quelqu’un qui vient de mourir. 

Pour le plaisir, une tirade de Desproges




                                                                                               La litote

  


Contrairement à l’euphémisme, la litote est construite à la forme négative. Elle est très utilisée au théâtre et dans les tragédies. Qui ne se rappelle point Chimène déclarant son amour à Rodrigue dans la célèbre réplique « Va, je ne te hais point ! » dans le Cid de Corneille ? Hormis que l’une est toujours de forme négative, euphémisme et litote se ressemblent beaucoup. Cependant, l’euphémisme est plutôt utilisé pour cacher ou adoucir une vérité, alors que la litote la renforce en la mettant en lumière. Dans Le jeu de l’amour et du hasard de Marivaux, voici une réplique connue : « Ce garçon-ci n’est pas sot, et je ne plains pas la soubrette qui l’aura… ». Autrement dit : ce garçon est intelligent et j’aimerais bien être à la place de la soubrette…

  

                                                                                          L’oxymore 

Aussi appelé oxymoron, il réunit des mots de sens opposé (en général un nom et un adjectif) le plus « illustre » étant lorsque nous parlons « d’un illustre inconnu » ! « Un silence assourdissant », « Une douce violence » … Les auteurs classiques en ont usé à l’envi : « Le soleil noir de la mélancolie » G. de Nerval, « Cette obscure clarté qui tombe des étoiles » Corneille, « Je serai ton cercueil, aimable pestilence » Baudelaire… 

Le septième art ne s’est pas privé non plus de cette figure de style : La veuve joyeuse (Ernst Lubitsh 1934), Joyeuses funérailles (Franck Oz 2007), Les noces funèbres (Tim Burton 2004), Soleil de nuit (Taylor Hackford 1985), Little Big Man (Arthur Penn 1970)