ces collectionneurs au nom bizarre...


Si je vous dis tyrosémiophilie ou placomusophilie, vous allez peut-être vous demander à quelles maladies je fais référence… Rassurez-vous, à aucune ! Les personnes qui en sont atteintes n’en souffrent pas et n’en meurent pas (ou alors dans des cas d’extrême dépendance !) Non, il s’agit simplement de domaines de collections parmi des centaines, dont certaines sont pour le moins… insolites. Une petite visite à ces collectionneurs qui, même si leur passion a un nom bizarre, ne sont pas fêlés pour autant ! 

Pour notre culture, notons que certains noms de collections n’ont qu’une valeur d’usage et ne sont pas attestés par le dictionnaire. En revanche, tous, ou presque tous, se terminent par « phile » qui n’est autre que la racine de φιλεῖν (philein) en grec, qui signifie aimer.

 

                                                            Arctophilie, Plangonophilie    

ἄρκτος (arctos) en grec veut dire ours et par extension, en ce qui concerne cette collection, il s’agit d’ours en peluche.  Le terme est peu connu bien qu’il désigne la troisième collection la plus répandue au monde, après la philatélie (collection de timbres, à ne pas confondre avec la fiscophilie - collection de timbres fiscaux uniquement- ) et la numismatique (collection de médailles et monnaies) qui, entre nous, prennent quand même beaucoup moins de place que les ours, même en peluche !

 Dans le même registre, les plangonophiles collectionnent les poupées. Moins de poils, plus de vêtements… et toujours autant de place pour les exposer ! Mais pourquoi plangonophilie et non pas « puppaphilie » ? Dans la Grèce Antique, il était d’usage que les courtisanes fassent à leur patronne, Vénus, de nombreuses offrandes sous forme de statuettes de représentations diverses. L’une d’elles, Plangon, réputée pour être l’une des plus belles femmes d’Athènes aurait été utilisée comme modèle pour certaines représentations de la déesse Vénus. Le substantif plangon désignerait une poupée de cire représentant Vénus. Cependant, si vous tapez plangon sur Google, vous aurez certes quelques statuettes, mais aussi des images de mollusques et de singes, sachant que ce mot est introuvable dans le dictionnaire ! En tout cas, le terme de plangonophile est bien utilisé dans le milieu des collectionneurs…

    


                                                                           Calcéophilie   

Certaines (et certains !) d’entre nous sommes parfois calcéophiles ! Des chaussures, des chaussures et encore des chaussures ! Il y a celles qu’on expose sur des étagères, celles qu’on laisse dans leur boîte avec le papier de soie, et celles qu’on admire et qu’on garde, même si on ne les porte pas parce qu’elles nous font trop mal aux pieds ! 

Mais pour ceux qui en font vraiment la collection, nous parlerons alors de calcéologistes, leur passion étant la calcéologie. Il va sans dire que cette collection regroupe plus de passionnés d’histoire de la chaussure et de tout ce qui s’y rapporte que d’acheteurs compulsifs de souliers !

Ces deux termes viennent du latin claceus (chaussure) et bien sûr du grec philein (aimer).

Pour en revenir aux calcéophiles (qui sont quand même majoritairement des femmes, il faut bien le dire !), il y en eut de célèbres dans notre histoire de France, telles que Joséphine de Beauharnais ou Marie-Antoinette, qui en possédaient chacune un peu plus de cinq cents paires, ce qui était déjà pas mal pour l’époque, mais qui sont bien loin des trois mille paires que possèdent Céline Dion ou Imelda Marcos (première dame outrageusement dépensière des Philippines de 1965 à 1986) ! 

Sachez quand même que les championnes d’Europe en consommation de chaussures sont les Françaises qui en achètent en moyenne six paires par an (ce n’est qu’une moyenne !), juste devant les Britanniques et les Italiennes, et qu’elles se retrouvent deuxièmes mondiales derrière les Américaines !

   


                                                                      Calamophilie   

Bien que ce terme ne figure pas dans le dictionnaire de l’Académie française, il coule de source qu’il nous vient tout droit du mot calame (kalamos en grec), qui désignait dans l’Antiquité (et jusqu’au XIIe siècle) le roseau taillé qui servait à écrire sur les papyrus et, par la suite, sur les parchemins. Un calamophile n’est donc pas un amateur de calamités mais bien un collectionneur de plumes métalliques, porte-plumes et par extension de tous objets se rapportant à l’écriture. 

Et puisque nous parlons d’écriture et d’écrits, nous pouvons citer la deltiologie (de deltios en grec qui signifiait « tablette écrite »), qui se rapporte aux cartes postales, et pourquoi pas la signopaginophilie qui consiste à collectionner les marque-pages (petit clin d’œil à certains-es que je connais !)

 


                                                                 Conchyliophilie

Quel enfant n’a pas ramassé des coquillages sur la plage pour les rapporter à la maison ? D'ailleurs, bien souvent à la demande des instituteurs, qui se faisaient une joie malicieuse à l’idée de la boîte à bijoux ou du cendrier qui ornerait bientôt la table du salon de leurs parents le jour de la fête des mères ou des pères ! Le terme nous vient du latin conchylium qui désignait des enveloppes calcaires dures, que ce soit des coquilles d’œufs ou de mollusques. Les coquillages sont donc des mollusques pourvus d’une coquille, ou la coquille vide dudit mollusque ! 

Pour ma part, je ne connais pas de conchyliophiles, mais je suis toujours en admiration devant la finesse et les reflets moirés de certains coquillages…

 


                                                            Fabophilie (ou favophilie)   

Celle-ci est une petite collection qui, sauf exception, ne demande ni grands moyens ni espaces démesurés pour la contenir. Il s’agit des fèves de galettes des rois. Si l’on est un petit collectionneur, on se contente d’une à dix pièces par an (plus c’est l’indigestion assurée !), et on garde précieusement le petit bout de céramique, de porcelaine ou de plastique en attendant l’année d’après. 

Pour les vrais fabophiles, la quête ne s’arrête pas au lendemain de l’épiphanie ! Ils traquent toute l’année la pièce rare qui va rejoindre leur collection. Certains possèdent plus de 100 000 pièces. Pas étonnant, 4000 à 5000 nouveaux modèles sortent chaque année ! 

À l’origine, les Romains de L’Antiquité célébraient les Saturnales, au moment du solstice d’hiver, en organisant un gros festin au cours duquel maîtres et esclaves partageaient un gâteau qui contenait une fève. Cette légumineuse symbolisait la fécondité, mais aussi la renaissance, du fait de sa précocité printanière et de celui qu’elle possède un embryon qui, comme l’œuf, donne la vie en vieillissant. Celui qui l’obtenait devenait « roi pour la journée » et pouvait donner des gages. Au XIVe siècle, l’Église s’est approprié la tradition et l’a associée à l’épiphanie. 

Les premières fèves en céramique apparurent en 1874 en Allemagne et celles en porcelaine apparurent en France en 1875. Puis ce fut au tour du plastique, au début du XXe siècle, beaucoup moins couteux. 

De nos jours, certains grands pâtissiers et traiteurs tels que Le Notre, Hédiard ou Ladurée, pour ne citer qu’eux, ont lancé leurs propres collections de fèves en éditions limitées. 

Quant à ce qu’elles ont représenté au cours des trois siècles précédents, le sujet est vaste et ne tiendrait pas dans cet article ! L’imagination des fabricants a souvent collé au contexte historique pour leurs créations. Pour ne citer que quelques exemples, il y a eu « la poignée de main pour l’entente cordiale » de 1904, le pioupiou (qui a désigné, dès 1838, de jeunes fantassins jusqu’aux jeunes soldats de 1914), le pingouin lors de la découverte de l’Antarctique en 1909, etc. 

Et bien sûr on peut citer toutes les collections de fèves représentant des avions, trains, camions ou autres moyens de transport ! Mais il existe aussi beaucoup de sujets symboliques dans ces représentations : le numéro 13, le fer à cheval, le trèfle à quatre feuilles, etc. 

Bref, beaucoup de sujets, beaucoup trop, ce qui amène souvent les fabophiles à concentrer leurs recherches sur un sujet précis : personnages, musique, sport, animaux, porte-bonheur, astres ou autres.

 


                                                                 Philuménie 

Ce domaine de collection date de la fin du XIXe siècle et s’est beaucoup développé au cours du XXe, parallèlement à la vitolphilie qui se concentre sur les bagues de cigares

Les philuménistes, eux, collectionnent les boites et pochettes d’allumettes. Le nom vient du grec philos et du latin lumen (la lumière). Ces collectionneurs seraient environ 500 en France, mais certains détiennent environ 250 000 pièces. Quant à ceux qui collectionnent les briquets, on les appelle des pyrophiles.  

Il faut juste espérer que tous ces collectionneurs ne croisent pas de pyromanes lors de leurs assemblées générales !



                                                                  Placomusophilie

Non, il ne s’agit pas d’une collection de « Placide et Muzo » ! Il s’agit des plaques (ou capsules) qui surmontent les bouchons de champagne.   

Décortiquons un bouchon de champagne : le muselet, sorte de petit panier en fil métallique est là pour maintenir la plaque (ou capsule) qui surmonte le bouchon de liège afin d’assurer une meilleure étanchéité au dit bouchon. Si celui-ci a une forme de champignon, c’est tout simplement parce qu’il est amolli lors de sa mise en place par compression, enfoncé dans le col de la bouteille et écrasé en forme de champignon pour recevoir le muselet.

Juste pour notre culture, le fameux bouchon de liège existait déjà au temps des Grecs et des Romains de l’antiquité qui l’utilisaient pour fermer leurs amphores de manière hermétique. Après quelques siècles pendant lesquels il fut délaissé, il refait son apparition au XVIIe siècle lorsque les bouteilles en verre remplacent peu à peu les pichets en terre cuite. Les Anglais, séduits par les propriétés élastiques et imperméables du liège, l’utilisent alors pour assurer le commerce du Porto entre le Portugal et l’Angleterre. Dom Pérignon, enfin (je sais que vous l’attendiez !), l’utilise pour fermer les bouteilles de champagne. Bon, on ne va chipoter, en tout cas, on peut dire que le bouchon de liège a fait son grand retour en France en même temps (ou presque) que le processus de champagnisation. 

Donc, un placomusophile est un collectionneur de plaques contenues par un muselet enserrant le bouchon de champagne. Simple, non ?

Deuxième petit clin d’œil amical à certains-es que je connais et grâce à qui quelques capsules de champagne trainent souvent au fond de mon sac à main !    

Le nom de cette collection est très récent puisqu’il fut trouvé par Claude Maillard dans les années 1980. Difficile de savoir combien il existe de placomusophiles, mais depuis quelques décennies, devant le développement de cette collection, certains producteurs ont mis le paquet et n’hésitent pas à changer leurs plaques plus souvent, voire tous les ans. Là encore, les collectionneurs peuvent orienter leur quête vers des pièces représentant un thème bien précis ou chercher à posséder toutes les plaques d’un ou plusieurs producteurs.

   


                                                                      Tryosémophilie  

En voilà une collection de gastronomes ! Ceux-là collectionnent non pas les fromages, mais leurs étiquettes ! La collection la plus répandue dans ce domaine est celle des couvercles de boîtes de camembert. Son nom vient du grec ancien turos (fromage) et de sême (signe, marque, image). 

Les premières étiquettes de fromage apparurent à la fin du XIXe siècle et sont souvent de petits chefs d’œuvres. Les genres et les thèmes ne manquent pas, et là encore les collections sont le plus souvent thématiques. Les plus grandes collections atteindraient 100 000 pièces et parait-il qu’en 2020, la plus importante regroupait 251 331 étiquettes ! 

Pas de quoi en faire tout un fromage, mais quand même !...

   


                                                            Latrinapapirophilie 

Et je vous ai gardé le meilleur pour la fin ! Savez-vous ce que collectionne un latrinapapirophile ? Du papier toilette ! Oui, ces collectionneurs existent ! Je n’en connais pas personnellement, mais nous sommes beaucoup à en avoir vus dans les rayons de supermarchés au printemps 2020 ! Peut-être des vocations de collectionneurs sont-elles nées à ce moment-là… 

Bon, c’est vrai, il y en a peut-être de jolies et d’artistiques, mais toutes ces feuilles ne peuvent se collectionner que neuves, et non pas « vintage » comme beaucoup d’autres objets de collections… mais cette considération n’engage que moi… 


J’espère que ce petit tour dans ces collections aux jolis noms presque impossibles à retenir (et encore je n’ai pas choisi les plus longs !) vous aura plu… Un de ces jours, nous parlerons des phobies… Celles-ci aussi ont leur lot de noms à rallonge !