anagrammes, anacycliques et palindromes


Galanterie oblige, commençons par l’anagramme puisque c’est un mot féminin, contrairement à l’anacyclique et au palindrome.   


                                                                        L'anagramme 

L’anagramme vient du grec ana : en arrière et gramma : lettre

Pour en former une, il faut permuter les lettres d’un mot pour en générer un nouveau ou, plus fort, un groupe de mots pour en extraire un sens nouveau. Une « belle anagramme » est une anagramme parfaite si elle respecte les accents, les tirets, etc., ou s’il y a un lien sémantique entre les deux mots comme chien/niche, soigneur/guérison, endolori/indolore (ici, indolore est l’antonyme d’endolori), récit/écrit, engrais/graines.


 Voici quelques anagrammes tirées de noms célèbres :


Albert Einstein : Rien n’est établi

Jean-Paul Sartre : Satan le parjure

Salvador Dali : Avida Dollars

Vincent Auriol : Voilà un crétin

Laurent Fabius : Naturel abusif

Michel Onfray : Lyncher ma foi

Le commandant Cousteau : Tout commença dans l’eau

  

D’autres assez parlantes ma foi…

  

Révolution française : Un véto corse la finira

Chauve-souris : Souche à virus 

Centrale nucléaire : Le cancer et la ruine

Le réchauffement climatique : Ce fuel qui tache le firmament

La crise économique : Le scénario comique

Question sans réponse : Enquêtons sans espoir 

 


                                                                 L'anacyclique

L’anacyclique est un cas particulier d’anagramme. Il vient du grec ancien anakuklikos : qu’on peut retourner, autrement dit qu’on peut lire de gauche à droite comme de droite à gauche. Il conserve un sens lorsqu’on le lit de droite à gauche, mais contrairement au palindrome ce sens est différent. Tout comme l’anagramme, il concerne un mot et, plus rarement, un groupe de mots. Pour n’en citer que quelques-uns : 

Noël/Leon, nos/son, bons/snob, mon/nom, les/sel, zen/nez, ados/soda, tracé/écart, amuser/résuma, épater/retapé… 

« L’ami naturel » peut devenir ainsi « Le rut animal ».   

À noter qu’on parle d’une phrase anacyclique lorsque l’ordre des mots est inversé :   

Manger pour vivre ou Vivre pour manger.

Perdre sa vie à la gagner ou Gagner sa vie à la perdre. 


                                                                Le palindrome

Le palindrome, enfin, se lit indifféremment de gauche à droite ou de droite à gauche. Il vient du grec palindromos : qui revient sur ses pas. 

Été, gag, ana, radar, pop, tôt, elle, pop, kayak ou ici, sont des palindromes. Quelques noms propres en sont aussi : Laval, Otto, Anna, Hannah, Bob…  

L’un d’entre vous se prénommerait-il Léon Noël

Léon et Noël sont des anacycliques alors que Léon Noël est un palindrome  

Du plus romantique, rêver, à celui qui l’est le moins mais qui fait tout autant rêver, sexes (au pluriel sinon ça ne marche pas !), la liste est longue ! Retenons que le plus long est ressasser et que le plus efficace contre l’angoisse reste le xanax

Mais un palindrome peut être aussi une phrase entière ou un vers. Certaines phrases palindromes sont célèbres, en voici quelques-unes : 

« Et la marine va, papa, venir à Malte » (alexandrin attribué à Victor hugo) ou, du même auteur : « Tu l’as trop écrasé, César, ce port-salut ». 

« Élu par cette crapule » (Marcel Duchamp), alors que « La mariée ira mal » (Louise de Vilmorin) et « à l’autel elle alla, elle le tua là », car « l’âme sûre ruse mal » (Louise de Vilmorin).   

« Ce reptile relit Perec » (de Georges Perec lui-même) pendant que « Esope reste ici et se repose » (de Jacques Capelovici). 

« Engage le jeu, que je le gagne » (Alain Damasio) devrait plaire aux fans de tennis. 

Mais « par-delà le drap » (Patrick Hospital), nous « rions noir » (Jacques bens) lorsque « Rio se lève le soir ». 

Bref, on peut se demander si le « bon Nobel » avait « l’âge légal », mais fais attention, « ta belle porte s’use trop, elle bat ». 


Merci de m’avoir lue jusque-là ! Je vous propose, au cas où le temps ne serait pas clément pendant vos vacances (improbable…) quelques pistes d’anagrammes pour jouer avec vos enfants ou vos amis à l’apéro (mais pas à l’opéra, ça ferait désordre !).   

Vous pouvez chercher l’anagramme des mots, en partant des plus courts aux plus longs, ou pourquoi pas, essayer de construire la phrase qui en contient le plus.   

En Chine, la niche du chien a un toit pointu. 

Stop aux pots en tops, sous le spot !   

Le taquin naquit un jour de grâce des entrailles de cette garce, dans une remise qui puait la misère. Au loin, au détour d’un virage, un lion au poil poli, après avoir étanché sa soif plusieurs fois au bord du rivage, trouva épatant qu’un nouveau-né braillât à midi tapante

À vous ! 

Dur/dru, Luc/cul, peu/pue, rate/tare, gare/rage, vole/love/vélo, râpe/pare, Amen/mena, mail/Mali, baudet/débuta, leader/dealer, limité/milite, ébats/bâtés, bêtas, meut/muet, chantas/sachant, affluer/farfelu, digérer/rédiger, éclore/colère/créole, ténor/noter, morne/norme, périme/empire, calmer/clamer, songer/rongés, éternue/retenue, retenu/neutre, frôlant/frontal, pelant/plante, frêle/fêler, coupons/soupçon, option/potion, légaux/galeux, gronda/dragon, opéra/apéro, risque/requis, prose/perso, lavande/vandale, talent/latent, veille/vielle, mérou/morue, sorte/torse, verre/rêver, marche/charme, autel/taule, gloire/rigole, trempe/permet, perte/prête, ulcère/reculé, valise/salive/levais, auto/août, orange/organe/orange, ligne/linge, courte/croûte/coûter, résolu/soûler, douter/détour, nuire/ruine, réunir/ruiner, perche/prêche/pêcher, moche/chôme, bétail/établi, sirène/serine/résine, mutilé/ultime, souper/poseur, boitier/orbite, cirage/cigare/gracié, étendu/détenu/tendue, berger/gerber, tourte/tortue, onze/zone, trèfle, reflet, massue/amusés/assume, régale/galère, flirté/filtré, ranger/enrage, tousse/soutes, slogan/galons, ouste/ouest, ivre/rive/vire, trône/notre, buffle/bluffe, génie/singe/signe, cause/sauce, loupe/poule, meugle/légume, élargi/argile, messie/séisme, aigle/agile, tapin/patin, extase/taxées, convie/novice, ronfle/frelon, viraux/rivaux, broder/border. 

La liste est loin d’être finie ! Amusez-vous bien ! 


Si l’apéro s’éternise et que les enfants sont couchés, pourquoi ne pas s’essayer à quelques contrepèteries ?

  

                                                            La contrepèterie

                                                               Boby Lapointe

L’art du contrepet consiste à permuter des lettres ou des syllabes de deux mots pour donner à la phrase un autre sens. C’est le son et non l’orthographe qui compte et la correspondance phonétique doit être rigoureuse. On attribue la première contrepèterie à Rabelais qui écrit dans le chapitre XVI de Pantagruel (en 1532) : « Panurge disoit qu’il n’y avoit qu’un antistrophe entre femme folle à la messe et femme molle à la fesse ».   


D’après Joël Martin, expert en contrepèteries et rédacteur de la rubrique Sur l’Album de la Comtesse dans Le Canard Enchaîné, « La contrepèterie, le son est tellement adapté à ce que c’est qu’on explose de rire, c’est une trouvaille ! Une bonne contrepèterie, c’est celle qui va faire rire tout de suite, il faut qu’elle soit courte, si possible de facture simple, c’est-à-dire que l’on échange que deux éléments, pas quelque chose d’enchevêtré, qui est une performance intellectuelle mais qui ne fait pas rire parce qu’on a trop cherché. Il faut que l’illumination jaillisse soudainement, que ce soit une explosion de rire. L’exemple le plus parfait est celle de Rabelais, « la vieille dame folle de la messe ». Luc Etienne en a fait une merveilleuse, que tout le monde dit quand il s’agit de convenir d’un rendez-vous : « je vous laisse le choix dans la date ». J’en ai fait quelques-unes dont je ne suis pas trop mécontent, en particulier « la contrepèterie c’est l’art de décaler les sons ». Celles-là, elles font rire immédiatement, ou « le jus au curry ».  

Ainsi, ne confondons pas : « un solitaire bien mis » et « un militaire bien sot », « un notaire attablé » et « un notable atterré » ou « l’art des mots » avec « l’eau des mares »

 Boby Lapointe fut un maître en la matière, au point que dans le film « Tirez sur le pianiste », François Truffaut décida de sous-titrer les chansons « Framboise » et « Marcelle ». Ses chansons sont toutes, sans exception, truffées de calembours, de paronomases, d’assonances et, bien sûr de contrepèteries. Nous lui devons, entre autres, la mère habile (la bile amère) et la grasse matinée (la masse gratinée).

 Mais la contrepèterie peut être bien plus grivoise, et c’est d’ailleurs le plus souvent ainsi qu’on la connaît… Femme déçue… En voici de curieuses fouilles !  Quelle drôle de bille tu faisais ! Ah quel beau métier professeur !   

Celles-ci sont gentilles… pas autant que cette autre (peut-être belge, allez savoir !) : Il fait beau et chaud…    

Rappelez-vous celle de Coluche : Mammouth écrase les prix ou du slogan de la Mairie de Paris : Les berges sont à vous ! Et quel enfant n’a jamais chanté : Il court, il court, le furet

Je vous livre les suivantes sans filtre… 

Carla chatouille sa gratte   

Une gamelle de morilles   

Les soupers russes manquent de pain   

Boules antimites    

La muse vous habite ?   

Mon t était trop fort pour Chirac   

Quand les athées se battent, les abbés se taisent   

Superman a une bouille incroyable   

Une escalope avec une belle salade   

Macron nous a dit deux gros mois